10 jours de pookalam

C’est à partir de la constellation d’Atham jusqu’à celle de Tiruvonam que l’on peut admirer des compositions florales abstraites ou figuratives appelées pookalam.  Les 10 jours correspondent aux 10 maisons lunaires de l'astrologie indienne et sont connues sous les noms de Atham, Chithira, Chodhi, Vishakam, Anizham, Thriketta, Moolam, Pooradam, Uthradam et Thiruvonam. Le premier  et le dernier jour revêtent une importance particulière. Le pookalam du premier jour s'appelle athapoo et prend place sur un sol enduit de bouse de vache. Jour après jour, il voit sa taille augmenter.

Traditionnellement on note des différences de style dans les arrangements floraux. Dans le Sud du Kérala, les fleurs s’organisent autour d’une pyramide composée de gradins d’argile en nombre impair alors que la région Centrale et le Nord du Kérala privilégient le tapis circulaire à même le sol.

Pookalam du Sud du Kérala (Pathanamthitta district) 
Le sol de la cour a été enduit de bouse de vache. Crédit Photo: Samagni
Confection d'un pookalam Samagni

Dans certaines parties du Kérala, Les femmes achètent chez le potier local ou façonnent de leurs mains des cônes d’argile ou des figures grossières que l’on appelle Thrikkakara Appan ou « Onathappan ». Les uns ou les autres seront disposés au centre du kalam de fleurs et placés en divers endroits de la propriété comme la porte d’entrée, le puits ou le grenier à grains. Ces figures d'argile symbolisent soit Vamana, l'incarnation de Vishnou qui envoie sous terre Mahabali soit le souverain Mahabali en personne. Certaines croyances voient en ce dernier le dieu Shiva à cause de la forme phallique des cônes.

Sud du Kérala, une figure de terre incarne Mahabali ou Vamana 

Fête d'Onam à la maison de Manjusha

Manjusha a grandi dans un petit village du Kérala appelé Thekkegramam (district de Palakkad).  Ses centres d'intérêts sont nombreux mais la cuisine reste une véritable passion qu'elle partage sous forme de recettes sur son blog "Samagni".  Depuis quelques années, elle s'est lancée comme mission de consigner les nombreuses et succulentes recettes végétariennes du Sud de l'Inde de sa mère et des membres de sa famille. Elle partage également des expériences culinaires émanant de cuisines d'ailleurs et a mis au point des versions personnalisées de recettes locales rares. Cette année, je suis invitée à célébrer Onam chez elle et durant nos conversations, elle me fait part de quelques traditions perdues.

"Bien qu'il y ait de nombreuses fleurs dans les jardins à cette saison, j'ai remarqué que personne ne les cueille pour confectionner le pookalam. Tout le monde achète un kit de fleurs au marché. Lorsque les membres de ma famille sont venus pour Onam, nous avons discuté de l'époque où ma tante avait l’habitude de faire ses propres figures d’argile. Mahabali devrait être épais et Vamana plutôt mince. Le jour de la constellation de Makam, il y en avait un plus massif appelé Maka thadiyan. Elles étaient toutes façonnées à la maison. Puis ma tante nettoyait la vérandah, enduisait le sol de bouse de vache et dessinait avec de la pâte de riz liquide les lignes d'un kolam destiné à recevoir les figures de terre. J’aurais tant aimé voir des photos, ainsi je pourrais voir et apprendre."
Premier pookalam de la constellation d'Atham. Crédit photo: Samagni

Le neuvième jour d'Onam est aussi important que le dixième et dernier jour. En ce  jour de la constellation d'Uthradam, la journée commence par l'installation des figures d'argile appelées Onathappan. Après les avoir décorées de fleurs, on dépose trois fois par jour de la nourriture en offrande.

Les festivités du dernier jour sont grandioses car la légende raconte que le souverain Mahabali visite chaque maison de son peuple bien-aimé durant la constellation de Thiruvonam. Pour l'occasion, on fait le grand ménage, on achète et offre des vêtements nouveaux et les familles se réunissent autour d'un repas végétarien appelé Onasadya.