Kolam pour célébrer l'anniversaire du dieu Rama

Un arc, des flèches et des sandales, symboles de Rama. Ce dernier jouit d’une force exceptionnelle et d'une incroyable habileté au tir à l'arc. Janaka, le roi de Mithila, avait annoncé que seul un prince capable de soulever et de bander l'arc Tryampakam épouserait sa fille la princesse Sita.

Kolam pour célébrer l'anniversaire du dieu Rama

Ram Navami est un festival hindou qui célèbre l'anniversaire de naissance du dieu Rama, la septième incarnation de Vishnou, le conservateur et le protecteur de l'univers. Elle a lieu au cours du mois tamoul de Chittirai (mi-avril, mi-mai) et les célébrations sont particulièrement importantes pour les communautés vishnouites en Inde et à l'étranger. Rama, un carquois de flèches sur le dos, un arc et une flèche unique dans la main droite, est le héros de l'épopée du Ramayana aux côtés de Ravana, le démon-roi de Lanka. Bien que la légende de Rama se décline en de nombreuses versions reflétant les idéologies de leur temps, le mélange d’aventure, d’enseignement religieux et philosophique de l’épopée a toujours servi de guide à la moralité, à la vertu, à la dévotion et au devoir d'état. Parfois, c'est sa valeur littéraire et linguistique qui a été mis en avant, à l'instar de « l'Adhyatma Ramayanam » du Kérala, écrit au 16ème siècle par le poète et linguiste Thunchaththu Erutacchan. Cette saga multiséculaire imprègne également la culture contemporaine et, sur une note plus sombre, alimente depuis quelques années le mouvement d’un hindouisme fondamentaliste.

Rama, Temple de Varadharaja Perumal, Kanchipuram, Tamil Nadu

Dans la version du poète légendaire Valmiki, Rama est le fils de Dasharatha, roi d'Ayodhya, et de la reine Kausalya. Il doit succéder à son père sur le trône, mais la seconde épouse Kaikeyi, mère de Bharata, exige que son fils devienne roi et que Rama soit exilé dans la forêt de Dandaka pendant quatorze ans. Affligé par cette décision, mais fidèle à la promesse qu'il avait faite à son épouse, le roi accepte à contrecœur. Rama, Sita, son épouse et Lakshmana, son demi-frère, partent ensemble pour la forêt et s'installent dans un ermitage.

Poster religieux représentant Lakshmana, Rama et Sita

Pendant ce temps, Ravana, le roi de Lanka, enflammé par la beauté de Sita, envoie Maricha, un démon qui a pris l’apparence d'une biche au pelage doré. Enthousiasmée par la présence de la belle créature, Sita envoie Rama pour la capturer, mais le prince pressentant un démon, tue la biche. Alors qu'elle s’effondre, révélant sa nature maléfique, la bête pousse un cri imitant la voix de Rama. Sita, désemparée, envoie Lakshmana à son secours, mais celui-ci insiste pour qu'elle reste dans la chaumière et ne franchisse pas la ligne de protection qu'il a tracée autour de la maison. Alors qu'elle reste seule, Ravana, sous l'apparence d'un ascète faisant l'aumône, s'approche de Sita. Confiante, elle sort du cercle magique et c’est alors que le puissant démon l’enlève et l'emporte sur un char céleste vers son palais de Lanka. Rama et Lakshmana, aidés d'une armée de singes guerriers dont Hanuman, un ardent dévot du prince, partent à sa rescousse. Dans un spectaculaire duel de chars, Rama tue Ravana, le démon à dix têtes et vingt bras. Après quatorze ans d'exil et la mort de son père Dasharatha, Rama est couronné et règne sur Ayodhya pendant de nombreuses années.

Duel de char entre Ravana et les singes guerriers venus en aide à Rama, temple d'Hoysalesvara, Halebid, Karnataka
Poster religieux montrant le combat entre le démon Ravana à dix têtes et Rama accompagné de son frère Lakshmana et des singes

Un arc, des flèches et des sandales, symboles de Rama

Rama paré de toutes les vertus, jouit d’une force exceptionnelle et d'une incroyable habileté au tir à l'arc. Janaka, le roi de Mithila, avait annoncé que seul un roi capable de soulever et de bander l'arc offert à ses ancêtres par le dieu Shiva, épouserait sa fille, la princesse Sita. Rama accepte le défi, soulève l’arc sans le moindre effort et le brise. À l’occasion de la fête de Ram Navami, un certain nombre de kolam intègrent ces deux symboles.

Kolam par Prathima Dattatreya
Rangoli par Adilakshmi Jasti
Rangoli par Jothi Bai
Arc, flèche, sandales et offrandes. Rangoli par Swarna

Les padukas (sandales traditionnelles en bois) sont un autre motif qui trouve sa place dans les dessins de sol. Ces sandales portées par des gens ordinaires et des ascètes font également référence à l’empreinte des pieds des divinités qui sont vénérées sous leur forme symbolique. Dans le Ramayana, Bharata, fils de Kaikeyi, refuse d'être couronné à la place de Rama et décide de lui rendre visite dans la forêt, le suppliant de revenir à Ayodhya. Rama répond qu'il ne reviendra qu'après avoir accompli les quatorze années d'exil. Bharata revient donc à Ayodhya avec les sandales de son frère et les place sur le trône en signe de respect. Il gouverne ainsi le royaume en tant que régent, sans être couronné ou assis sur le trône.

De gauche à droite: Hanuman le singe dévot, Lakshmana, Rama et Sita. Kolam par Hema Kannan

"Ramayan", la série télévisée sur l'épopée du Ramayana

Dans les années 80, lorsque je vivais au Kérala, la série télévisée "Ramayan" retenait l’attention de l’Inde chaque dimanche matin. Les gens se rassemblaient pour regarder le feuilleton. Ceux qui n'avaient pas de télévision se précipitaient dans les maisons qui en possédaient une. Les gens s'assuraient d'avoir une batterie ou un générateur en cas de coupure de courant. Accroupis les uns contre les autres, Il n’était plus question de castes. Dans certaines familles, on prenait un bain rituel, on décorait la télévision de guirlandes de fleurs, on brulait de l'encens et on se prosternait devant les premières images avant de s'installer pour regarder la saga mythique du dieu Rama. Moi, qui avais appris les noms et les exploits des dieux et des déesses grâce aux images kitsch des calendriers religieux et aux bandes dessinées "Amar Chitra Katha" que j'achetais chaque semaine, je ne pouvais pas résister à cette excitation générale, ou devrais-je dire à cette ferveur ambiante. Bien sûr, je n'ai jamais pu comprendre la cruauté de Rama envers Sita à la fin de la bataille de Lanka contre Ravana. Dans le royaume, des rumeurs circulaient accusant Sita d’infidélité pour avoir passé du temps dans la maison d’un autre homme. Sita, bien que sauvée, dut subir l’épreuve des flammes pour prouver sa chasteté. Dans la version de l’Adhyatma Ramayana du poète kéralais Erutacchan, Rama n'est pas seulement une incarnation de Vishnou mais la personnification de l'Absolu. Sita kidnappée par Ravana n'est qu'une illusion et en se faisant tuer par Rama, le roi-démon Ravana est libéré à jamais du cycle des morts et des renaissances.

Rama salue l'arc, le soulève et le brise. Sita s'avance et place la guirlande de fleurs autour du cou de Rama et c'est ainsi qu'ils se marient. Version avec sous-tires en anglais.

Le temple d'Ayodhya, au cœur des débats

Depuis des décennies, de nombreux militants religieux hindous revendiquent la propriété du site d'Ayodhya, dans l'Uttar Pradesh. Les Hindous considèrent cet endroit comme le lieu de naissance du dieu Rama. Ils affirment qu’au 16ème siècle, l'empereur moghol Babur aurait construit une mosquée sur les ruines d’un temple dédié à Rama. En 1992, la mosquée de Babri fut détruite et des violences meurtrières entre les communautés musulmanes et hindoues ont suivi. Après des années de conflit, le 9 novembre 2019, la Cour suprême a tranché en faveur des Hindous, autorisant la construction d'un nouveau temple.

Maquette du futur nouveau temple exposée dans une galerie commerciale de New Delhi en octobre 2020. Sajjad Hussain/AFP

Ayodhya est désormais officiellement reconnu comme le lieu de naissance historique de Rama. La nouvelle s’est rapidement répandue et des femmes de la communauté vishnouite de Mylapore à Chennai, ont dessiné au sein du temple un rangoli coloré représentant le sanctuaire d'Ayodhya et un portrait de Rama pour célébrer la décision de justice.

Temple d'Ayodhya , sandales de Rama ainsi que son portrait. Rangoli à plusieurs mains
Temple d'Ayodhya, rangoli par Deepa Ramki

Parmi les Ramayana en français, citons l'intégralité de l'épopée sacrée de l'Inde, éclairée par 700 miniatures commentées qui accompagnent la narration. Amina Taha Hussein-Okada, conservateur en chef au musée des Arts asiatiques Guimet, en charge des arts de l'Inde, offre un commentaire à chaque miniature et signe l'introduction "Le Ramayana dans la peinture indienne". 1 700 pages en sept volumes et un livret : chaque volume contient un des sept chants du Ramayana.

Editeur Diane de Selliers