Ganesha, le dieu à tête d’éléphant ou Pillaiyar en tamoul est sûrement la divinité indienne la plus populaire et la plus connue en Occident. Sa bonhomie est légendaire et son ventre proéminent un signe de gourmandise. Il aurait écrit, avec sa défense cassée, la grande épopée du Mahâbhârata que le sage Vyasa dictait et c’est pour cela qu’on le nomme « Ekadhenta » (Qui n’a qu’une dent). Il a pour monture une souris qui symbolise tantôt l’égoïsme tantôt la patience. Ses larges oreilles comparées aux vans des moissonneurs séparent et jettent au vent la poussière des illusions terrestres pour ne garder que les valeurs véritables. On dit que sa trompe est courbée parce qu’elle contourne les obstacles.

Une des légendes raconte comment Parvati, l’épouse de Shiva, fut un jour dérangée par son seigneur qui entra dans la maison alors qu’elle prenait un bain. Irritée de ne pas avoir de servante pour veiller sur son intimité, elle décida de modeler l’image d’un bel enfant avec les onguents dont elle avait enduit son corps. Après lui avoir donné vie, elle lui ordonna de monter la garde devant sa demeure et d’interdire à quiconque d’en franchir le seuil. Shiva de retour chez lui, étonné de trouver un jeune garçon devant l’entrée principale lui demanda de s’éloigner. Exaspéré par son refus de quitter les lieux, il lui trancha la tête. Parvati en larmes implora son époux de redonner vie à son enfant. Shiva confus, ordonna que fût coupée la première tête que l’on trouverait. C’est ainsi que la tête d’un éléphant devint l’attribut si particulier de l’enfant de la déesse. Pour réparer sa faute, Shiva reconnut Ganesha comme son fils et le nomma chef des gana, une horde désordonnée de génies qu’il a pour tâche de conduire.
Nandi le taureau et monture de Shiva,Ganesh et Parvati

Sous le nom de Vighneswara « Le Leveur d’obstacles » il est vénéré par les commerçants, les voyageurs, les étudiants, les futurs mariés, les gens de lettre et les voleurs car il favorise la chance et éloigne l’infortune.

Au neuvième mois de Marghazi (mi-décembre à mi-janvier), les jeunes filles désireuses de se marier ajoutent au centre du kolam une fleur de citrouille qu’elles insèrent dans un petit tas de bouse de vache. Ce monticule pétri de leurs mains est une allusion directe à Pillaiyar. Elles espèrent ainsi trouver un compagnon avec la complicité et la bénédiction du dieu à tête d’éléphant. Ganesha est une divinité qui se confond avec le son primordial AUM. Que ce soit en sanscrit ou en tamoul, la manière dont s’écrit la syllabe sacrée rappelle la tête et la trompe du dieu vu de profil.

Chapelle de rue dédiée à Ganesh; sur la grille, le son OM en tamoul qui rappelle la tête et la trompe du dieu

Au quotidien Ganesha occupe dans l’oratoire domestique une place plus discrète que pendant les grands jours et figure symboliquement par des swastika. Le mot swastika signifie dans la langue sanskrite « Ce qui est bien, bon». Il figure sous la forme d’une croix aux extrémités recourbées à droite ou à gauche. Symbole très ancien, on le retrouve sous diverses formes dans la plupart des civilisations du monde.

Bien que son image trône parmi les autres divinités de la maison, on note sa présence partout dans les commerces, les échoppes de fortune, les lieux de travail voire sur les tableaux de bord des taxis ou des rickshaw.

En dehors de l’adresse quotidienne qui lui est faite, la célébration de sa naissance «Pillaiyar Chaturthi » prend la forme d’une fête populaire durant le mois lunaire d’âvani (mi-août, mi-septembre). La famille mais plus particulièrement les enfants achètent sur les nombreux étals du marché voisin, une statuette peinte à l’image du dieu. On note cependant depuis quelques années, une prise de conscience quant à la pollution générée par le plâtre peint et les décorations en plastique aussi trouve t-on de plus en plus de statuettes en argile.

L’autel domestique se pare de kolam, de fleurs et d’offrandes culinaires sous la forme de pâtisseries rondes sucrées ou salées appelées kozhukkattai et dédiés à Ganesha. Une fois les dévotions terminées, la statuette est immergée dans la mer, un étang ou une rivière.

En Inde du Sud, les représentations artistiques commencent très souvent avec la composition Sri Mahaganapathim. Ganesha en tant que "Seigneur des commencements" préside l'ouverture des concerts de musique et des spectacles de danse.

La chanteuse carnatique Sudha Raghunathan 
La célèbre chanteuse M.S Subbulaksmi

C'est autour du temple de Sri Manicka Vinayakar Alayam, le plus grand temple hindou de France, que l'on célèbre Ganesh chaque année dans la capitale. Au cours de cette journée de fête, des cérémonies religieuses précèdent la procession dans les rues du quartier.