Il existe des kolam qui reflètent plus expressément les valeurs intrinsèques d'une communauté. Les lignes et les symboles ont été façonnés par les pratiques sociales et religieuses ou par la géographie et l'histoire à travers le temps. Pour ce qui est des Chettiar, il semble que la seule manière qu'ils aient eu d'ancrer les périples et l'esprit de globe-trotteur de leur clan fut de construire des maisons palatiales à l'image de forteresses afin de valoriser l'héritage familial. C'est pourquoi le kolam incarne le plan de base d'une maison tel le sanctum sanctorum de ce clan de marchands voyageurs. Le diagramme à l'image d'un palais miniature s'érige en incantation visuelle, conviant les membres de la famille dispersés aux quatre coins du monde à se réunir et à célébrer ensemble.

Les rites domestiques sont les éléments essentiels de la cohésion familiale qui à leur tour favorisent les liens communautaires. On commence toujours le kolam en dessinant un carré, symbole de la maison. Puis on lui adjoint deux cellules qui accueilleront des fourneaux en argile et des marmites de terre cuite dans lesquelles on cuira le riz pour les festivités de Pongal. Au Chettinad, il sera préparé deux types de pongal: l'un de riz et l'autre appelé sakkarai pongal (un sucre de palme non raffiné).

Kolam pour la fête de Pongal à l'hôtel "The Bangala" à Karaikudi

Chaque famille qui vit sous le même toit aura droit à deux cellules sur le kolam, six dans le cas de trois familles. À la manière de l'onde frémissante d'une rivière, les ondulations parcourent la surface du dessin pour relier tous les membres de la famille. Les Aachi Chettiar, (un titre à la fois honorifique et tendre pour les matriarches du clan) dessinent des lignes si serrées qu'elles se chevauchent comme pour renforcer les liens existants car autrefois,  il incombait aux femmes en l'absence des hommes de s'occuper de la maison et de gérer le patrimoine.

Meenakshi et Meenal dessinent le kolam de Pongal à l'hôtel the Bangala de Karaikudi
3 Familles se partagent le kolam pour Pongal. 2 carrés par famille pour y placer les fourneaux. Crédit photo : Meenakshi Meyyappan

Aux quatre angles du carré, on ajoute les piliers de la maison au nombre de huit à moins qu'il ne s'agisse de tout autre chose selon une amie Chettiar rencontrée à Chennai. Pour elle, les huit lignes représentent les Ashta Dikpâla ou les gardiens des huit directions (points cardinaux et inter-cardinaux) dans l'Hindouisme. Comme les hommes Chettiar voyageaient pour affaires et résidaient de long mois dans d'autres contrées, on rendait hommage aux divinités des Directions avec l'espoir que seules de bonnes nouvelles parviendraient à la maison.

Meenakshi dessine les piliers de la maison ou les huit Ashta Dikpâla.
Dessiner le toit

On rajoute des toits puis le kolam entier est bordé de deux rangées de points. Selon des sources diverses, les points représentent l'unité familiale et le souhait d'une descendance nombreuse. Pour mon amie, la double rangée de points incarne le couple comme unité fondamentale du clan, se soutenant mutuellement dans les épreuves.

Kolam par Annapurani Ravi

La conque ou shankhu est le symbole du dieu Vishnou et de la déesse Lakshmi à moins qu'elle incarne l'océan et plus précisément les voyages qu'entreprenaient les hommes Chettiar au-delà de l'Inde vers l'Asie et l'Afrique.

Kolam par Annapurani Ravi
Kolam par Annapurani Ravi

Annapurani dessine un kolam Chettiar