Lorsque kolam rime avec parfum; un voyage visuel et olfactif au Tamil-Nadu

J'ai toujours été fascinée par le look futuriste et l'esthétique origami des vêtements plissés de la maison Issey Miyake. La dynamique des plis semble architecturale et se décline en triangles, diagonales, spirales et autres extensions en faveur des mouvements du corps. La simplicité géométrique de ces vêtements porte en elle une dimension contemplative qui par des chemins détournés me rappelle les structures des dessins de sol de l'Inde du Sud appelés kolam. Les parfums Issey Miyake reflètent également cette élégance minimaliste.

J'étais loin de me douter qu'un jour, j'allais recevoir un mail de Shiseido Beauté Prestige International, une Maison parisienne qui conçoit, produit et commercialise des parfums pour les marques Issey Miyake en autres. Ils cherchaient une spécialiste du kolam pour leur projet de parfum. L'idée était de créer deux fragrances; une pour femme et une autre pour homme inspirées par le paysage olfactif du Sud de l'Inde et le monde visuel des peintures éphémères kolam. J'étais excitée à l'idée de concilier mon amour des parfums et des kolam et l'aventure commença en octobre 2018. Ma mission étant d'organiser le voyage, les rencontres avec les artistes de kolam et les lieux de tournage en collaboration avec l'agence de communication audiovisuelle Blackbear basée à Paris.

Rencontre avec des artistes de kolam remarquables.

Le choix fut facile car je connais personnellement beaucoup de femmes qui dessinent le kolam. Au fil des ans, un grand nombre d'entre elles sont devenues des amies et pour ce projet, créativité et adaptabilité étaient les maîtres-mots. Sept femmes furent choisies et le tournage se déroula au musée DakshinaCitra à Muttukadu, à quelques km de Chennai. Lakshmi Rekhotsava, Anuradha Kamalakannan,  Gandhimaty Senthilkumar, Prathima Udupa, Bala Chandrasekharan, Mythili Vijayaragavan, et Subathra Sankaran ont répondu présentes avec beaucoup d'enthousiasme et c'est ainsi que le périple coloré a débuté. Chacune d'entre elles entretient des liens si intimes et si riches avec cet art qu'elles ont aisément relevé le défi de se conformer aux exigences artistiques de la Maison Beauté Prestige International.  

Crédit Photos: Brian du Halgouet/Blackbear

Lakshmi Rekhotsava affectionne les lignes simples et épaisses et tisse ses kolam patiemment sans l’ombre d’un point. Elle perpétue la gestuelle matinale au pied de son immeuble de huit étages et magnifie non seulement l’entrée de son appartement mais la tour tout entière. Récemment elle a fondé le groupe de kolam appelé Rangavalli. Son but; préserver et enseigner aux générations futures l'art des dessins de poudre. Son amitié indéfectible au fil des années m'a permis de découvrir plus profondément les arcanes de cet art si singulier de l'Inde. Un détail du kolam réalisé durant le tournage figure aujourd'hui sur l'emballage Shades of kolam pour hommes.


Anuradha dessine des kolam depuis sa tendre enfance, inspirée par ceux de sa mère et des autres femmes de la famille. Imaginer et créer de nouveaux dessins de sol renforce sa créativité et lui permet de se lier avec des personnes attirées par l'art graphique. Elle précise que ce rituel éphémère est une voie de méditation qui lui apporte paix intérieure et concentration. Un détail du kolam réalisé durant le tournage figure aujourd'hui sur l'emballage Shades of kolam pour femmes.


Gandhimaty nourrit une véritable passion pour le kolam. Avant de connaître le groupe, elle ne dessinait que durant le mois sacré de Margazhi (mi-décembre à mi-janvier) et lors de cérémonies religieuses. Maintenant elle imagine des dessins pour sensibiliser la population à l'environnement, aux alternatives écologiques, aux questions relatives à la santé et au moment où j'écris ces lignes, aux gestes de  prévention pour prévenir le coronavirus.

Prathima exprime ses émotions à travers les kolam. On raconte que dessiner trop de sikku kolam ou de kolam enchevêtrés complique la vie mais selon elle, ils ont contribué à faire d'elle une personne déterminée, engagée et fonceuse capable de résoudre les difficultés de la vie quotidienne. Un détail du kolam réalisé durant le tournage figure aujourd'hui sur l'emballage Shades of kolam pour hommes.


Bala, passionnée par les mathématiques réalise des diagrammes à la symétrie remarquable car selon elle, symétrie rime avec perfection et équilibre. Elle adresse également des kolam personnalisés pour les anniversaires de naissance ou de mariage des membres du groupe.


Mythili est la joie de vivre personnifiée, elle chante, dessine, sculpte ses kolam, expérimente différentes textures. Son humour est sans pareil lors des rencontres et c'est toujours avec bienveillance qu'elle encourage les débutantes.


Subathra est la gardienne véritable de la tradition des padi kolam ou kolam à lignes. Elle excelle dans l'art des lignes parallèles qu'elle rehausse d'oxyde de fer appelé kavi.

Client: Issey Miyake, Prod: Black Bear Studio (Henri de Trogoff), Réalisation et image: Sacha Vucinic, Drone: Pradeep Babu et Natessan, Étalonnage: Lydia Lopez (Reepost), Musique: Pouvoir Magique, Conseil artistique: Chantal Jumel.