Concours de Kolam

Depuis quelques décennies on observe une mutation profonde de la société tamoule. Le kolam, qui exaltait les vertus de la femme hindoue voit depuis quelques années son image se métamorphoser. Le statut et le territoire des femmes en milieu urbain se modifient et s’étendent bien au-delà de la maison pour conquérir l’espace publique. Il n’y a d’ailleurs pas nécessairement opposition entre ces deux mondes, juste une extension du territoire, synonyme d’une extension relative du pouvoir et de l’émancipation des femmes. La maison, la famille et plus particulièrement la femme se voit investie d’un nouveau rôle. Elle est non seulement la gardienne du foyer mais aussi celle des traditions et de l’âme indienne tout entière. Elle est aussi le lien précieux entre les coutumes ancestrales et la modernité.

Les kolam deviennent des objets de concours et investissent les cours d’école, les locaux publics ou les fêtes universitaires. Bien qu’un sens aigu de la rivalité existe traditionnellement entre les femmes dans les villages et les villes, l’objet de cette émulation n’est pas tant le kolam que la perfection et la patience déployées à son exécution. La participation active des femmes leur assure si elles gagnent, une reconnaissance personnelle, particulière qui n’existe pas dans le cadre d’une gestuelle domestique où l’anonymat prévaut car signe de modestie voire d’humilité.

Les femmes n’hésitent plus à franchir le seuil familial pour participer à des concours qui donnent lieu à des rencontres passionnées. Le plus créatif à mes yeux est celui qui prend place à Chennai dans le quartier de Mylapore. Le défi pour les femmes qui s’inscrivent est de dessiner un kolam à partir d’un canevas de points sur un espace d’environ un mètre carré de macadam. Les couleurs sont bannies contrairement à la plupart des concours et c’est pour cette raison qu’il est unique en son genre.

Le dessin monochrome à la farine de riz ou à la poudre de pierre blanche explore de nombreux champs graphiques comme la distribution spatiale des motifs, les simulations de sculpture et le jeu subtil des parallèles ou des entrelacs.

En dépit d’un répertoire hérité de la tradition, les femmes modulent le matériau en fonction de leur personnalité. Traits fins ou épais jouant les pleins et les déliés, canevas de points compacts ou dispersés, lignes appuyées ou légères, enchaînements souples ou résolument domptés, le kolam monochrome devient musique, chant et chaque évocation graphique enrichit un peu plus ce magnifique bouquet d’images qui constitue le patrimoine visuel tamoul.

https://www.youtube.com/user/paintings1008Kolam